Le mois que je passe en Chine est aussi riche que le pays est grand. Culture, atmosphère, rythme, entourage… le contraste avec mon séjour en Mongolie est saisissant.

Des vacances en voyage
D’abord, les conditions à mon arrivée à Pékin sont bien différentes de celles des semaines passées. Après trois semaines de débrouillardise dans l’inconnu, le rustique et loin d’un tourisme de masse, je me laisse portée par Pierre et Nathalie et plonge, accompagnée, dans la foule et les infrastructures chinoises. Alixia arrive le matin du lundi 21 octobre, et deux semaines de vacances ensemble nous attendent. Pékin, Datong, Pingyao, Xi’an, Shanghai, Hanghzou et Pékin à nouveau… nous avons concocté un programme chargé mais prometteur. Trop occupée à profiter de la présence de Pierre, Nathalie et Alixia les trois premières semaines, le retard dans mes récits débute…

Les premiers jours, Nathalie est notre guide. Nous découvrons avec plaisir la vie d’expatriés, ses habitudes, ses repères, ses incompréhensions encore, que deux ans ne suffisent pas à résoudre tant le décalage culturel est grand. Les codes de politesse, l’alimentation, les habitudes journalières paraissent n’avoir absolument aucun point commun avec la culture occidentale. Un boucher français, quelques rares produits européens dans une supérette, des massages pour moins de dix euros, une bière devant un match de rugby dans un pub irlandais ou un Mojito miraculé sont donc toujours les bienvenus.
L’histoire extraordinaire de cette civilisation et de son territoire pourrait également occuper des mois entiers : alors que nous n’en apprenons quasiment rien dans nos écoles, saisir son évolution au fil des milliers d’années, des dynasties, à travers les dizaines de minorités ethniques, dans les traditions des diverses religions aux branches multiples, au cœur des milliers de kilomètres qui en forment l’unité, est loin d’être aisé. Dans les monuments et autres traces disséminés à travers les villes, nous tentons d’en comprendre autant que possible en quelques jours.
À Pékin, nous visitons le Palais d’été, les hutongs, de nombreux temples, nous partons sur la muraille de Chine, nous marchons au milieu de la foule dans la Cité interdite, nous déambulons dans les marchés et les parcs.




À Datong, nous admirons le monastère suspendu, accroché à la roche, et les sculptures bouddhistes des grottes de Yungang. Des créations qui remontent aux Ve et VIe siècles et témoignent encore de la capacité des hommes à prendre de la hauteur dans l’espace et dans la beauté pour leurs croyances.


À Pingyao, nous découvrons une architecture chinoise plus authentique, à échelle humaine. Arrivant à 6h du matin, nous assistons au réveil des ruelles, des boutiques, de la lumière, et puis des touristes…



À Xi’an, nous profitons de l’animation des ruelles, des étales de spécialités culinaires ou de calligraphie, de la tranquillité paisible de la vieille mosquée, nous parcourons les remparts à tandem, nous avons des (mauvaises) surprises culinaires. Nous faisons face, enfin, aux soldats de l’armée enterrée.




À Shanghaï, nous nous baladons sous les platanes de l’ancienne concession française et face aux grattes-ciel du bund, nous goûtons à la vie nocturne de la ville, nous apprenons son histoire, nous avons des (bonnes) surprises culinaires.



À Hanghzou, l’immensité du lac et sa quiétude nous apaisent, alors que nous avions dévoré la veille ribs, burger, frites et cocktails et bières à volonté.

Contrastes et contemplation
En deux semaines donc, nous voyons autant de choses variées que grandioses, mais nous explorons à peine une infime partie de la Chine. Ce périple me fait prendre conscience d’une réalité que je n’avais bizarrement pas encore pleinement saisie : ce pays étant gigantesque et le plus peuplé au monde, tout est démesuré. La seule ville de Pékin est neuf fois plus peuplée que le pays que j’ai traversé précédemment : en traversant la ville à la sortie de la gare, après mon arrivée de Mongolie, je retrouve une esthétique occidentale à grande échelle, mais pleine de signes et de codes que je ne connais pas encore. Un détail insignifiant me surprend immédiatement, dont l’Occident aurait intérêt à prendre exemple : sous le ciel toujours un peu brumeux de pollution, aucun ticket de métro à usage unique mais des cartes automatiquement récupérées après chaque trajet. Les fontaines à eau omniprésentes m’enchantent également. Je réalise ensuite que chaque passage d’une ville à l’autre la plus proche demande en moyenne six heures de train à grande vitesse. Les gares ressemblent à des halls d’aéroport, des blocs de béton identiques s’élèvent par dizaines, partout, aucune rue ne semble être déserte, des caméras sont disposées dans les moindres recoins, filment les passages piétons, prennent en photo les voitures, mémorisent nos visages. Les habitants paient avec leur téléphone, entrent dans les lieux publics ou monument avec leur carte d’identité magnétique, roulent en scooter électrique… La technologie informatique est absolue. Tout est contrôlé, mesuré, encadré. Rien ne semble être laissé au hasard. La société chinoise évolue dans une organisation informatique que je ne pouvais pas imaginer.
Pourtant, au milieu de cette orchestration mécanique globale, le pays conserve une âme singulière, poétique, propre à elle-même mais ambiguë. Entre les façades des temples rénovés aux couleurs criardes se trouvent des faits et gestes d’une douceur inattendue, toujours embaumés par le parfum de l’encens ; aux pieds des immeubles impersonnels, dans les parcs, au détour de n’importe quelle rue, les femmes se réunissent et dansent ensemble ; près des marchés, au fond des restaurants, derrière les fenêtres, on joue au majong ou aux cartes, en buvant toujours du thé ; les étales débordent de couleurs et les saveurs méconnues sont attirantes, puis l’on trouve à côté des fruits et légumes exotiques des pattes de poulet, têtes de canard, intestins ; des centres villes sont détruits pour être reconstruits dans une esthétique historique flambant neuve, mais les arbres sont soutenus et protégés ; malgré une maîtrise de l’anglais absolument inexistante, chacun sourit, souhaite nous aider, tend son téléphone avec un traducteur aux aguets ; opposée à la vitesse des transports ou la technologie des échanges, la lenteur sereine des anciens rassure ; le matin de bonne heure, le silence règne et guide les séances de qi cong, même si le bruit déroutant des raclements de gorge, nez, bronches n’est jamais bien loin…




Malheureusement, à deux, tout paraît aller plus vite. Pleines de beauté, d’émotions, d’incompréhensions et de fous rires, ces deux semaines de découverte avec Alixia passent en un clin d’œil.
Le lundi 4 novembre, elle repart pour Paris de bonne heure… Je reste encore deux jours à Pékin, admire un autre temple, parcourt un musée, savoure les derniers instants passés avec Pierre et Nathalie, puis prépare mes affaires pour rejoindre le sud de la Chine.

Quand je quitte l’appartement à l’aube du mercredi 6 novembre, je suis emplie d’une sensation étrange de nostalgie. Cette nouvelle étape sonne comme un deuxième départ…
On a juste envie d’y retourner !
Bisou bisous 🐞
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