Extraits de journal de bord – Le désert de Gobi (5 – 11 octobre 2019)

Une semaine déconnectée : des souvenirs désordonnés

11 octobre – « Sept jours et six nuits dans le désert de Gobi, à peu près autant de couchers et de levers de soleil… Six nuits pleines d’étoiles, où la Voie lactée se montre fièrement alors que la lune rivalise avec elle un peu plus chaque soir… Une semaine à regarder pensivement des paysages défiler, infiniment. »

Samedi 5 octobre 2019.
Dunes de Khongor, lundi 7 octobre 2019, 19h.
Dunes de Khongor, mardi 8 octobre 2019, 7h.
Adaatsag, mercredi 9 octobre 2019, 18h.

6 octobre – « Les couleurs changent, les reliefs évoluent, des petits buissons verts aux étendues d’herbes sèches, comme un immense tapis de paille, puis une multitude de bosses ou des amas de terre, pierres, sable, comme un troupeau de chameaux sous-terrain… Une montagne qui se dessine parfois au loin, noire, rouge, blanche, qui nous suit sur des kilomètres ou ne se montre que pour quelques minutes… Une montagne qui vient briser l’horizon et renforcer les distances. J’en aperçois quelquefois le mirage, une ombre flottante qui prolonge le relief et sa place dans l’espace environnant, puis disparaît.

Samedi 5 octobre 2019.
« White Mountain », dimanche 6 octobre 2019, 7h30.
Bayanzag, dimanche 6 octobre 2019, 16h.
« Ice Valley », mardi 8 octobre 2019, 15h.
« Rock Formation », jeudi 10 octobre 2019, 8h.

La découverte de cette étendue immaculée, de vide et de silence, se fait dans le confinement paradoxal et les secousses incessantes du mini van dans lequel nous prenons place. Un conducteur qui fonce à toute allure dans les traces de nos prédécesseurs, dans les traces de ses propres passages précédents : Bobby (gérante de l’auberge où je loge à Oulan Bator, et organisatrice du tour que nous faisons) nous a dit qu’il conduisait dans le désert depuis quinze ans et Khola, la cuisinière, nous dit qu’ils font ce tour ou un autre presque chaque semaine. J’entends depuis ma place leur discussion continue qui m’épate : côte à côte, des heures durant, en voiture, semaines après semaines sur la même route, que peuvent-ils bien se raconter ? »

Dimanche 6 octobre 2019.
Lundi 7 octobre 2019, 13h.
Dunes de Khongor, lundi 7 octobre 2019, 17h.
Dimanche 6 octobre 2019, 19h.

7 octobre – « Dès les premières heures de notre voyage, un pneu qui crève. Notre chauffeur, dont je ne saurais écrire le nom, le change très rapidement mais il faut ensuite trouver de quoi le remplacer. Nous traversons les villages, faisons marche-arrière, repartons, faisons un détour, arpentons les rues à la recherche d’un pneu, d’une chambre à air, d’une roue de secours, nous le trouvons, nous le changeons, le lendemain nous crevons à nouveau, le schéma se répète. [Cela arrive quatre fois dans la semaine…] »

Samedi 5 octobre 2019, 13h.
Sevrei, en attendant une réparation de pneu, lundi 7 octobre.

9 octobre – « Chaque animal a sa façon de réagir lorsque il se tient sur la route et que notre van arrive à toute allure en klaxonnant. Les chèvres et les moutons partent à toute vitesse, apeurés. Les chevaux trottent ou galopent, fièrement. Les chameaux se décalent tranquillement, avec indifférence. Les oiseaux ne sont jamais embêtés mais font parfois la course avec nous. Ils filent à nos côtés sur des dizaines de mètres, comme s’ils voulaient jouer ou simplement se montrer. Où dorment-ils la nuit, dans cette étendue désertique où les arbres sont encore moins présents que les hommes ? »

Samedi 5 octobre 2019.

10 octobre – « Mes compagnons de voyage aussi ont chacun leur façon de réagir à nos petits incidents, nos découvertes, nos attentes. Monsieur Lee, nord-coréen que nous surnommons Changu (« ami » dans sa langue natale) compte tenu de l’impossibilité de prononcer son prénom, ne parle pas anglais mais sourit ou râle de façon très expressive. A 54 ans, il voyage tantôt seul, tantôt avec sa femme, il adore montrer des photos des pays qu’il a traversés, nous questionne sur nos itinéraires, tente de nous apprendre un peu de la culture et du vocabulaire coréens. Lukas, suisse-allemand de 32 ans, a démissionné de son poste de banquier et se lance dans un voyage de dix-huit mois à travers un nombre incalculable de pays, entre l’Asie et l’Amérique du sud. Adrian, également suisse-allemand de 26 ans, entreprend de voyager à bord du Transsibérien puis de l’Asie du sud-est entre deux emplois. Notre petit groupe s’apprivoise rapidement et les jours s’enchaînent dans la quiétude. »

Dunes de Khongor, lundi 7 octobre 2019.
Tarej National Park, jeudi 10 octobre 2019.
Jeudi 10 octobre 2019.

11 octobre – « Nous reprenons la route d’Oulan Bator et retrouvons un chemin goudronné. Les animaux sont toujours tout près, mais le plastique les accompagne. De chaque côté, des bouteilles, des sachets, des objets, des emballages… une rivière de déchets. Dans les coins les plus éloignés, dans les espaces les plus immaculés, au milieu de rien, il arrive toujours de retrouver, au milieu des carcasses d’animaux, une ou deux bouteilles de vodka, ou plus… La trace de l’homme n’est jamais bien loin. »

Mardi 8 octobre 2019.

15 octobre – « Quelques jours après mon départ du désert, je repense à ces étendues, ces levers de soleil, ces lumières, ces couleurs, ces ciels étoilés et ce silence.. Je ne sais pas comment écrire à propos de tout cela ; comment raconter le temps suspendu ? Les images parlent peut-être mieux. Car si lors du périple je regrettais les nombreuses heures de voiture, les arrêts parfois rapides sur les sites remarquables, le manque de contact avec les familles locales, les repas trop copieux trois fois par jour, le manque d’autonomie… je retiens moins aujourd’hui ces détails qui me frustraient que ces paysages qui m’émerveillaient. Je retiens un bien-être constant, une coupure technologique, une semaine simple, une accalmie insoupçonnée. Je retiens les journées rythmées aux heures du soleil, les chemins parcourus au rythme des reliefs. Je n’arrive pas à en faire un récit, je n’en fais qu’un diaporama d’images qui défile dans ma tête. Je me revois contempler cette immensité et me promettre, avec conviction, de revenir parcourir ces espaces par moi-même, à vélo, à moto, plus longtemps, plus lentement, afin de laisser le temps et mes sens s’épanouir encore plus intensément. À bon entendeur… »

Bayanzag, dimanche 6 octobre 2019, 16h.
Dunes de Khongor, lundi 7 octobre 2019, 19h30.
Mercredi 9 octobre 2019, 18h.

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